Marylou Mantova, chercheuse à INRAE, a suivi le parcours EIR-A
« Je recommande l’EIR-A à mes doctorants parce que cela développe la curiosité scientifique, on découvre de nouveaux domaines »
Marylou Mantova est chercheuse au sein du laboratoire Physique et Physiologie Intégratives de l'Arbre en environnement Fluctuant (UMR PIAF, INRAE), où elle étudie la mortalité des arbres. Détentrice d’un Master 2 en biologie végétale et du CAPES de SVT, elle a d’abord effectué un stage puis sa thèse au PIAF de 2019 à 2022. Celle-ci portait sur l’identification des bases physiologiques de la mortalité des arbres induite par sécheresse (sous la direction d’Hervé Cochard et l’encadrement de José M. Torres-Ruiz). Pendant sa thèse, elle a suivi le parcours EIR-A, qui comprenait la participation à deux séminaires ainsi qu’une mobilité internationale, qu’elle a réalisée à l’Université de Harvard. Elle a également été lauréate en 2023 du Prix du public - Prix jeune chercheur de la Ville de Clermont-Ferrand, qui valorise le parcours de jeunes docteurs et leurs capacités de vulgarisation scientifique. Puis elle a finalisé son parcours de formation avec un post-doc à l’Université de Floride, pendant lequel elle a réussi le concours INRAE de chargée de recherche au sein du PIAF. Pour nous, elle revient sur son expérience à l’EIR-A et plus globalement sur son parcours alliant enseignement et recherche.
Interview de Marylou Mantova
Temps de lecture 4 minutes
Pourquoi avoir choisi de faire de la recherche et un doctorat ?
C’est un peu arrivé au fil de l’eau. Je voulais enseigner et j’aimais bien les échanges avec les collégiens et les lycéens. Mais au niveau scientifique, cela me motivait plus d’enseigner dans le niveau supérieur. C’est pour cela que j’ai fait un doctorat.
Ensuite, au moment où j’ai passé les concours, il n'y avait pas de poste disponible en tant que maître de conférences et j'aime aussi beaucoup la recherche, donc un poste de chargé de recherche pouvait tout à fait me correspondre. Au final c'est très bien, je fais une dizaine d'heures par an à l’UCA. Cela me permet de toujours enseigner et en même temps de me consacrer à ma recherche. J’encadre également des doctorants.
Je trouve qu’on présente assez mal les métiers de la recherche quand on est au lycée, particulièrement si on vient des zones rurales. On connaît les métiers d’avocat, médecin et ingénieur, mais pas vraiment ce qui se fait en recherche. C’est une des raisons pour lesquelles j’étais contente d’accepter votre demande d’interview et de présenter mon parcours.
Pourquoi avoir choisi cette thématique autour de la santé des arbres et leur adaptation au réchauffement climatique ?
Quand j’ai fait ma licence de biologie, les travaux pratiques en biologie végétale étaient toujours passionnants. Je m'étais dit si que si je continuais vraiment en biologie, ça allait être en biologie végétale, et particulièrement en santé des forêts. Je pense notamment que cela vient du fait que j’ai grandi en Lozère, qui est une région très rurale et plutôt boisée. Par la suite j’ai fait le stage au sein de l’UMR PIAF, qui m’a confirmée dans mon intérêt pour cette thématique.
Pendant votre doctorat, vous avez suivi le parcours EIR-A. Comment l’avez-vous connu ? Pourquoi vous être inscrite ?
C'était quelque chose qui était connu au sein du laboratoire PIAF. J'ai regardé un peu ce que c'était, j'ai vu qu'il y avait toutes les conférences sur différentes thématiques scientifiques, pas nécessairement très proches de la mienne, mais cela a éveillé ma curiosité. Je me suis dit que j’allais y participer et que ce serait l'occasion d'avoir ce label et aussi de me motiver pour faire une mobilité à l'étranger.
A quels séminaires de l’EIR-A avez-vous participé ? Qu’est-ce que cela vous a apporté ?
A Paris en 2021 le séminaire portait sur les enjeux de la bio économie et celui de Nantes sur les transitions numériques en agriculture et en agroalimentaire. Le premier était malheureusement à distance, on est restés trois jours en ligne. Mais je me souviens d’une visite virtuelle d’une usine de betterave sucrière qui était très intéressante, j'ai bien aimé voir les aspects techniques. Quant au deuxième séminaire, j’ai pu rencontrer d'autres doctorants sur des domaines très différents et échanger avec eux, cela a été un bon moment de cohésion.
Je trouve qu’au niveau scientifique, cela permet d'avoir une vision plus large de ce qu'est la recherche. Ça permet aussi de rencontrer d’autres doctorants, donc pour son réseau, c'est toujours intéressant. Et puis quitte à faire une mobilité à l'étranger, autant la valoriser avec un label qui est d'ailleurs reconnu par INRAE. Quand j'ai passé mon concours, on m'a parlé de mon label. Cela fait toujours un plus sur un CV. Quand on est recruté sur des postes de chargé de recherche, en général tous les profils sont excellents et donc toutes les petites choses qu'on a pu faire, même si c'est juste une ligne sur le CV, peuvent attirer l’œil.
Est-ce que vous conseillerez aux doctorants que vous encadrez de rejoindre le parcours de l’EIR-A ? Pour quelle(s) raison(s) ?
Je recommande l’EIR-A à mes doctorants. Même s'ils venaient à ne pas le valider parce qu'ils ne peuvent pas faire la mobilité, cela développe la curiosité scientifique, on découvre de nouveaux domaines. Cela leur donne une vision un peu plus large que juste leur projet de recherche. Parce que sinon, on peut très vite s'enfermer dans notre domaine et on ne sait pas ce qui se passe autour.
Vous avez fait deux séjours aux Etats-Unis, l’un pour l’EIR-A (Harvard/Boston) et l’autre pour votre post-doctorat (Université de Floride) : comment était la vie là-bas ? Est-ce que vous diriez que c’était dépaysant ? Qu’est-ce que ces séjours vous ont apporté scientifiquement et personnellement ?
Alors si on commence par celui à Boston, c'était la première fois que je partais aux États-Unis. C’était un séjour de 4 mois dans le cadre de l’EIR-A, pour lequel j’avais obtenu une Bourse Fulbright France. C’est vrai qu’on est exposé à la culture américaine tous les jours, mais je n'avais jamais été exposée à la vie américaine. En plus c'était Harvard, donc c'était assez impressionnant. Mais au final, en rencontrant et en discutant avec les doctorants de Harvard, je me suis rendu compte qu’en France, on avait un niveau qui était quand même excellent. Je m'attendais à avoir un peu un syndrome de l'imposteur et en fait je ne l'ai pas eu. J’ai aussi eu la chance de pouvoir louer une chambre chez une famille américaine, c’était très enrichissant de vivre avec eux.
Mes résultats à Harvard m'ont permis d’être présente à une conférence qui s'appelait Gordon Research Conference. J’y ai rencontré la personne qui est devenue mon superviseur en Floride, William M. Hammond. J'y ai travaillé sur des pins (Pinus taeda) sur un arboretum avec 300 génotypes et il fallait tous les phénotyper.
Par contre, cela a été un peu un choc culturel. Autant à Boston, ils sont très européanisés dans leur manière de vivre, mais en Floride je pense que c'est vraiment le cliché de l'Amérique qu'on se fait. Ils sont très américains, mais ils sont super accueillants et ils aiment vraiment faire découvrir leur culture. C'était génial de pouvoir voir comment ils vivent et d'aller regarder un dimanche après-midi un gars qui se bat avec un alligator.
On a parlé des mobilités que vous avez effectuées pendant vos études. Mis à part cela, qu’est-ce que vous ont apporté votre doctorat et votre post-doc ?
Mon doctorat m'a permis de confirmer que je voulais faire de la recherche pure et dure. Je pense que si vous m'aviez demandé en Master 2 après mon stage ce que je voulais faire, je vous aurais répondu maître de conférences. Et à la fin de ma thèse, j'étais beaucoup plus mitigée. Je m'étais dit que c’était intéressant de pouvoir vraiment se consacrer à des projets.
Cela m'a également apporté beaucoup de compétences, par exemple en gestion de projet. On apprend aussi beaucoup sur soi-même au cours d’un doctorat, comment on peut gérer son temps, jusqu'où on peut se pousser et jusqu'à quel point on peut développer sa curiosité.
Pour le post-doc, c’était d’abord l'enrichissement de la découverte. Et j'ai développé mes compétences en management. Même si cela a été un peu un challenge au départ de me retrouver en charge d’autant de personnes, cela m'a quand même bien préparée pour mon poste actuel.
Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
En France, notre problématique c'est la sécheresse et les hautes températures. C'est mon sujet de recherche pour mon poste : l'impact des sécheresses caniculaires. Donc on prend l'aspect stress hydrique auquel on rajoute l'aspect stress thermique chaud et on analyse les conséquences sur la survie des arbres aux différents stades de la régénération des forêts, autant pour l'arbre qui vient juste de sortir de terre que l'arbre adulte. C'est un projet que j'ai proposé pour 30 ans.
Pour le moment, j'essaie de développer des techniques pour qu'on puisse accélérer le phénotypage, dans le cadre du PEPR Forestt. On cherche à détecter des signaux qui nous permettent de dire que l'arbre est en condition de stress hydrique ou même en mortalité précoce. En forêt, c'est très compliqué de proposer des irrigations de sauvetage. Mais si on pense par exemple aux applications qu’il peut y avoir en verger, passer avec un drone au-dessus du verger et se dire que cet arbre-là, il a besoin d'eau, cela pourrait permettre de mieux gérer l’utilisation de l’eau.
On parle beaucoup de la nécessité de végétaliser les villes, notamment après l’été que l’on vient de connaître. Quelles sont les spécificités de la santé des arbres en ville ?
Les arbres en ville sont quand même beaucoup contraints, à la différence des arbres en forêt. Par exemple si vous vous promenez dans n'importe quelle ville, en général les arbres vont être dans des espèces d'enclos, ils ont un mètre carré autour d'eux pour laisser respirer les racines, mais par contre tout le reste c'est sous le béton ou sous le goudron. On a aussi des arbres qui vont être contre des bâtiments. Ils ne sont pas libres de se développer comme quand ils sont en forêt. En plus, les bâtiments renvoient de la chaleur sur les arbres.
En revanche, les arbres en ville ont la chance de pouvoir être irrigués, ce qui n'est pas le cas de l'arbre en forêt. Et en général, l'arbre en ville intéresse beaucoup parce qu'il rafraîchit nos villes. Même pour la santé mentale, il y a des études qui montrent que dans les quartiers qui sont les plus boisés, c'est là où les gens se sentent les plus heureux.
Crédits photos : Elisabeth Ilinca, Clémentine Coston, Gaëtan Mantova, Cross J. Heintzelman
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